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  • Marine Cassoret, PhD

Muserolles: "Cavaliers, il faut qu'on parle" (XVe congrès de l'ISES, suite)

Mis à jour : 23 août 2019


Dre Doherty, qui présentait ses recherches sur les muserolles, s’est excusée avant de passer à la diapositive suivante.


« Mes excuses pour les âmes sensibles.... mais ces mesures, on ne peut les faire que comme ça – décision du comité d’éthique »


La diapositive était celle d’une tête de cheval – mort, placée sur un stand en position naturelle et harnachée, la muserolle serrée, des détecteurs de pression placés sous cette dernière.


Les pressions testées ne dépassaient pas celles utilisées par une écrasante majorité des cavaliers. En fait, ces prises de mesures visaient justement à évaluer la pression exercée sur les tissus et l’os du chanfrein en reprenant les ajustements les plus couramment observés sur les terrains de concours, généralement en dessous de 1,5 doigts entre la muserolle et le chanfrein. En fait , 44% des chevaux évalués en concours ont leur muserolle ajustée tellement serrée qu’on ne peut même pas glisser un doigt en dessous.


Faites une pause, ici.


Vous avez bien lu : Ce que les cavaliers font à leurs chevaux, « dans la vraie vie », des scientifiques ne peuvent le reproduire en recherche sur un cheval vivant, faute d’avoir l’agrément d’un comité d’éthique.


On sait depuis plusieurs années, et cela a déjà été rappelé lors du congrès de l’ISES à Saumur il y a trois ans, que des muserolles serrées sont un gros problème en équitation. En dessous d’un ajustement à deux doigts entre la muserolle et le chanfrein, ont les a associées à de nombreux problèmes, notamment :


  • Une interruption de la circulation sanguine

  • Un accroissement de la pression exercée par le mors

  • Une restriction des comportements naturels (déglutition, mâchouillements, baillements)

  • Un stress physiologique

  • Une hausse des lésions à l’intérieur de la bouche



En dessous d’un doigt, les tissus sont compressés et la pression directement appliquée sur l’os du chanfrein. Plus précisément, ces conséquences s’aggravent de façon exponentielle dès que l’on descend en dessous de 1,5 doigts.



Le phénomène des muserolles est relativement récent. Regardez des vidéos de compétition dans les années 1970 ou 1980, et on se rend compte que la mode des muserolles suédoises (à poulie), n’était pas encore là. De nos jours, les muserolles de type « flash » ou les muserolles suédoises sont devenues monnaie courante au point qu’il est difficile de magasiner un montant de bride qui ne vient pas équipé avec.


À qui la faute, me direz-vous ? Cette dissémination après tout suit le principe du phénomène de mode qui n’est pas unique à l’équitation. On le retrouve dans d’autres disciplines sportive, la mode vestimentaire, le dernier gadget. Le fait que les professionnels ou personnes considérées comme célèbres ou ayant un succès reconnu dans leur discipline soient suivis aveuglément en dit en fait long sur la psychologie humaine – la science de l’équitation a besoin de sociologues autant qu’elle a besoin d’éthologues et de vétérinaires.


Sur un cheval correctement éduqué, la muserolle n'est pas nécessaire (Dondehas, étalon canadien)

Cependant il ne faudrait pas négliger l’impact du public sur les pratiques des cavaliers, tant professionnels qu’amateurs. De nombreuses pratiques perdurent tant qu’elles bénéficient d’une licence sociale, c’est à dire une acceptation tacite de la population jusqu’a ce que les mentalités changent et que la pression s’exerce sur les cavaliers ... parfois par la population non-cavalière. En attendant, une meilleure éducation des cavaliers, tant sur leur capacité à délivrer des signaux clairs afin de limiter des comportements dangereux du cheval (auxquels on peut répondre malheureusement avec des méthodes ou équipement coercitif) que sur les conséquences d’un équipement mal ajusté, reste central si on veut améliorer le bien-être du cheval.


Marine Cassoret, PhD


SOURCE : Doherty, O Changes in pressure exerted on sub-noseband tissues by tightening the noseband. ISES Conférence, 18-22 aout 2019, Guelph, ON.


Envie d’en savoir plus sur des études précédentes ? Vous pouvez accéder aux études suivantes en cliquant dessus :


Doherty, O., Conway, T., Conway, R., Murray, G., & Casey, V. (2017). An objective measure of noseband tightness and its measurement using a novel digital tightness gauge. PloS one, 12(1), e0168996.


Doherty, O., Casey, V., McGreevy, P., & Arkins, S. (2017). Noseband use in equestrian sports–an international study. PloS one, 12(1), e0169060.


Fenner, K., Yoon, S., White, P., Starling, M., & McGreevy, P. (2016). The effect of noseband tightening on horses’ behavior, eye temperature, and cardiac responses. PloS one, 11(5), e0154179.


Lisez ici la position officielle de l’ISES sur l’utilisation de muserolles serrées :

https://equitationscience.com/equitation/position-statement-on-restrictive-nosebands



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© Marine Cassoret